Le Nouveau Monde contre le Vieux Continent : chronique de 70 ans de guerre économique transatlantique

Biden c’est Trump tweetant correctement

Novembre 2016 fût un énorme coup de massue pour toutes les paroisses et leurs fidèles récitant dogmatiquement les psaumes de l’antiracisme, du féminisme, et de l’écologisme lorsque le président Donald Trump fût élu à la Maison-Blanche.

Refusant le multilatéralisme, et partisan du nationalisme économique, Donald Trump mettra en place, pour son pays, un programme économique axé sur la réindustrialisation grâce au relancement du secteur de l’industrie lourde : le charbon et l’acier. Ce qui explique pourquoi il retira les USA des accords de Paris sur le climat.

Aussi, voulait-il lutter contre l’endettement toujours plus important des Etats-Unis, et leur dépendance vis-à-vis des importations étrangères. Toutefois, nous avons déjà expliqué les raisons objectives conduisant à la révolution néo-libérale des années 1980, portée par le tandem Reagan-Thatcher.

De plus, à l’heure actuelle, le niveau de développement des forces productives conduit à une forme de mondialisation où la Terre entière est devenu un marché commun, au sein duquel chaque Etat est intégré à cette division mondiale du travail. De ce fait, ce qui devient déterminant pour un pays n’est pas le nombre d’entreprises au-dessus duquel flotte son drapeau national. Car précisément, il n’existe plus d’économie nationale. Ce qui valorise un Etat au sein du marché mondial est davantage d’ordre qualitatif que quantitatif, soit le savoir-faire de son prolétariat local. De ce fait, un Etat a tout intérêt à laisser entrer des entreprises étrangères sur son sol, dans la mesure où elles formeront et embaucheront des travailleurs autochtones, qui développeront des compétences spécifiques.

En effet, à l’heure actuelle peu de produits sont intégralement fabriqués au sein d’un même pays par une même entreprise. Ses composantes sont en général fabriquées dans plusieurs pays différents pour ensuite être assemblés de manière variée en fonction des différentes demandes des consommateurs répartis aux quatre coins du globe terrestre. De ce fait, les différents Etats se spécialisent de plus en plus dans la fabrication de divers produits semi-finis. Ceci est notamment rendu possible par l’abolition des frontières nationales grâce à l’hyperconnectivité du monde permettant la libre circulation des savoirs et des capitaux.

C’est précisément ceci qui a permis à la Silicon Valley, intégrée qu’elle est dans la division mondiale du travail, à spécialiser dans la fabrication de technologies de pointe.

Par son programme isolationniste, concentré sur l’exploitation des énergies fossiles, désireux de rapatrier une part importante de la production sur le territoire étasunien, Donald Trump est l’incarnation d’une contre-tendance historique ayant mené à une guerre entre une classe capitaliste industrielle en perte de vitesse, contre une classe capitaliste financière. Ce programme économique qui aurait été applicable au début du XXème siècle, n’est plus, au vu de la structure économique mondiale actuelle, applicable à l’aube de ce XXIème siècle.

Car si le boom fordiste d’après-guerre a fortement stimulé la productivité des industries américaines jusqu’au début des années 1970 et permis de créer une masse importante de travailleurs-consommateurs, il est en même temps ce qui conduira à la crise de revalorisation du capital en fonction, au début de ces mêmes années. Cela conduira précisément à une désindustrialisation des nations économiquement développées qui délocaliseront une part importante de leurs industries au sein des pays économiquement plus archaïques, où les coûts de production sont nécessairement plus faibles.

De ce fait, au sein des nations désindustrialisées, le crédit à la consommation a commencé à se généraliser, grâce à l’endettement public et privé. D’autant plus aux Etats-Unis où 70% du PIB de ce pays est due à la consommation intérieure. Rapatrier la production délocalisée depuis le continent asiatique (notamment au Bangladesh), le continent africain (notamment en Éthiopie), forcerait les Etats-Unis à baisser les coûts de productions à un niveau égal à ceux auxquels ils s’élèvent dans les deux pays précédemment mentionnés. 

Aussi, Donald Trump, toujours dans une logique de nationalisme économique, voulait-il taxer les produits importés de l’étranger entre 25 et 45%. Ce qui mettrait très à mal la consommation privée américaine, par la hausse des prix qui en découlerait. Cela, de par le fait que les produits bons marchés sont, de toute évidence, prioritairement achetés par les couches sociales inférieures.

La révolution industrielle américaine, dans la seconde moitié du XIXème siècle, a conduit l’économie américaine à s’industrialiser et à diversifier son économie, pour abandonner le mode de production esclavagiste, appliqué dans la région sud des USA, peu diversifiée et reposant strictement sur le travail de la terre. 

Au XXIème siècle, durant l’ère Trump, s’est jouée une guerre entre ce qui restait de la classe capitaliste industrielle américaine représentée par Donald Trump, contre la classe capitaliste financière et des technologies de pointe, pleinement intégrée à la division mondiale du travail. Guerre, qui pour les raisons objectives que nous avons décrites, perdue par Trump, au même titre que les sudistes 150 ans plus tôt. En d’autres termes, l’ère de Donald Trump fût celle d’une guerre intra américaine entre l’industrie peu diversifiée du charbon et de l’acier contre celui de la finance et de la Silicon Valley.

Dans l’absolu cette guerre ne concernait en rien l’Europe qui, tant pour Biden que pour Trump, reste un adversaire à abattre plus que jamais. L’Amérique de Joe Biden a renoué avec le multilatéralisme mais nullement à l’avantage de l’Europe.

A suivre…


[i] Satya Nadella, PDG de Microsoft, est également d’origine indienne

Peter Andreas Thiel, gérant de hedge fund et investisseur en capital risque dans le secteur, est d’origine allemande

Elon Musk, fondateur et PDG de Tesla et SpaceX, est d’origine sud-africaine, naturalisé canadien en 1988 puis américain

Safra A. Catz, PDG d’Oracle Corporation, est née à Holon en Israël

Bridget A. van Kralingen vice-présidente d’IBM Global Industry est née en Grande-Bretagne et a grandi en Afrique du Sud

Pierre Omidyar, fondateur d’eBay, est d’origine française et iranienne, né à Paris.

Jeffrey Stuart Skoll, premier président d’eBay, est canadien

Niklas Zennström cofondateur de Skype est suédois

Janus Friis, autre fondateur de Skype, est danois

Ahti Heinla, programmeur qui a participé notamment au développement des logiciels Skype et Kazaa est estonien

Daniel Ek, co-fondateur du site de streaming Spotify, est suédois

Sven Hans Martin Lorentzon, autre co-fondateur de Spotify, est suédois »

https://www.franceinter.fr/economie/sans-ces-etrangers-la-silicon-valley-n-existerait-pas

[ii] Convaincre les banques d’accorder des crédits est plus aisé que de convaincre les entreprises d’augmenter les salaires lorsqu’il s’agit de relancer la consommation. Et dans le cas où l’on parviendrait malgré tout à convaincre une entreprise de ne pas délocaliser et d’appliquer une hausse des salaires, rien n’indique que les consommateurs locaux consommeront sa production. La mise en place de droits de douanes peut être un moyen de pallier à cette incertitude. Toutefois, ces droits de douanes ne pourraient être imposés au monde entier sans discriminations, mais uniquement aux grands pays exportateurs (Chine, Allemagne, Japon). 

Toutefois, ceci enclencherait nécessairement des mesures rétorsions de la part de ces derniers qui ne seraient pas sans conséquences. Sauf à s’imaginer être un pays qui produit strictement ce dont il a besoin.

En somme, actuellement le mode de production capitaliste dans sa forme la plus développée repose sur la libre circulation des marchandises et des capitaux. Cette dernière permet aux industries de délocaliser dans des pays où les coûts de production sont plus faibles pour parer à la baisse du taux de profit. Dans un contexte comme celui-ci, la mise en place de droits de douanes engendre nécessairement des rétorsions de la part des pays exportateurs. Ces trois éléments forment ce que l’on appelle le triangle d’incompatibilité de Rodrigue.

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