Rochedy : le Noir à la peau blanche 

Le problème du racisme n’est pas qu’il soit particulièrement oppressif, ni même dangereux : il est en effet particulièrement hypocrite d’affirmer, comme le fait pourtant l’extrême majorité du discours public, que le racisme contribuerait à alimenter, ou ne serait-ce qu’à accomplir, une violence interraciale. Le racisme contemporain, à la différence du racisme colonial d’il y a 150 ans, ne sert pas à justifier un projet géopolitique de domination militaire ; il n’accompagne pas une violence impérialiste. Et comme chacun sait, c’est  surtout à l’extrême-gauche que l’on observe les violences physiques les plus nombreuses et les plus graves, et très souvent au nom de l’antiracisme ou de l’antifascisme (terme qui ne veut plus rien dire depuis au moins un demi-siècle). Nul besoin de développer davantage, car tout ceci est bien connu et longuement rabâché par la droite.

En revanche, le problème du raciste est la posture stérile qu’il adopte, son absence totale de dynamisme et d’intelligence sociale. En effet, qu’est-ce qu’un raciste? C’est une personne qui considère son ethnie ou sa race comme intrinsèquement supérieure, et ce non pour des raisons sociales ou historiques, mais pour des raisons d’ordre biologique. Rochedy remplit les deux critères: il considère non seulement son ethnie indo-européenne intrinsèquement supérieure à celle des autres, mais en plus il confère à cette supériorité une cause d’ordre biologique. Ceci est d’autant plus étonnant que, pour lui, « ethnie indo-européenne » peut tout aussi bien se formuler « race aryenne » : ce sont chez lui de purs synonymes (p.57). (1)

Ainsi, au lieu de comprendre les différences de développement entre les peuples et les civilisations par leurs causes concrètes, Rochedy réduit tout à l’idée suivante: « les Blancs ont dû s’adapter au froid et sont donc devenus plus intelligents que les autres. » Cette ineptie de bistrot serait hilarante si elle n’avait pas rencontré un tel succès et n’avait pas été qualifiée de « solide » ou « sérieuse » par quelqu’un comme Alain Soral, qui nous habitue pourtant à relativement plus d’intelligence. Ce livre fait bien plus de mal qu’on ne pourrait le croire, car au lieu d’expliquer intelligemment les problématiques sociales et de trouver des solutions pertinentes au mensonge du pouvoir, à la violence de classe, à l’oppression politique et tout le reste, Rochedy les masque pour tous ceux qui le suivent. On est encore en droit de se demander s’il désinforme sciemment la jeunesse ou s’il est tout simplement intellectuellement limité.

Examinons son discours de plus près.

Le livre de Rochedy sur lequel nous nous baserons

Comment réinventer l’eau chaude

En réalité, la pensée sur ce qu’on appelle « le miracle européen » ou ce que certains universitaires californiens ont, par un pluralisme inutile, qualifié de « Grande Divergence », n’a rien de nouveau. Rochedy semble totalement ignorer l’immensité de ce débat qui le précède de plusieurs siècles puisqu’au lieu de s’en présenter comme un contributeur ou de simplement mentionner son existence, il ne fait que poser sa théorie personnelle à côté des autres, sans même prendre la peine de savoir si ce qu’il a dit n’aurait pas par hasard déjà été dit ou déjà critiqué.

Ce manque évident de rigueur et d’humilité est symptomatique de nos sociétés démocratiques modernes, lesquelles connaissent, depuis quelques décennies, un déclin général du niveau intellectuel. Certes, la mondialisation et la démocratie ont donné l’accès au savoir et à la parole a un très grand nombre de gens qui, dans des conditions antérieures, auraient eu un avis encore inférieur ; mais en élevant le niveau des plus ignorants, elles ont également détérioré celui des plus érudits. Cela vaut à l’échelle nationale comme internationale : les peuples qui abritaient jadis les plus grands penseurs sont désormais en déshérence intellectuelle. Le fait que la jeunesse réactionnaire contemporaine n’ait pas encore trouvé de meilleur porte-parole intellectuel qu’un Rochedy exprime assez nettement ce déclin. 

Une personne un tant soit peu érudite constatera toute la faiblesse de sa réflexion, de l’argumentation de son livre et de ses fixettes sur l’âge glaciaire.

Prenons un exemple. Chez lui, l’universalisme trouve sa racine dans la chasse au mammouth… Il faut être nombreux pour chasser le mammouth… Il fallait donc que les tribus collaborent entre elles. D’où la déclaration des droits de l’homme, bien sûr ! Que le lecteur ne se méprenne en pensant que nous forçons le trait. Parmi les 300 pages de l’ouvrage, on ne rencontre pas de réflexion moins indigente. Saviez-vous que les Occidentaux du XXIe siècle sont individualistes parce que le froid de l’ère glaciaire a favorisé chez eux la prise d’initiatives personnelles? Chez cet homme, tous les rapports sociaux, toutes les vieilles habitudes comme les nouvelles, toute la complexité du monde social se dissolvent dans la glaciation et le mammouth. Et le droit romain alors? Quel sens Rochedy lui attribue-t-il ? Ce droit illustrerait en fait une rationalité européenne se caractérisant par « la loi, l’ordre et l’organisation ». (p.126) Il semble ignorer que l’histoire romaine est traversée par les dissensions, les intrigues politiques et les guerres civiles. En toute logique, la civilisation de la citoyenneté est aussi celle de l’intérêt particulier. Toute l’histoire européenne se caractérise précisément par le contraire de ce qu’il affirme, à savoir l’instabilité, le tumulte, les conflits endémiques dus aux conflits d’intérêts personnels ; c’est justement là le secret de tout le génie européen que notre cher autodidacte n’a jamais compris. Et c’est pour cette même raison que son propos ne parvient même pas à être vraiment polémique, car il ne connaît pas ce qu’il cherche à défendre. 

Rochedy croit avoir quelque chose d’important à dire. Mais c’était une croyance à vérifier par l’épreuve de la lecture approfondie avant d’entreprendre la rédaction d’un livre. Au regard de tout ce que la littérature scientifique a produit sur le sujet, ce texte est tout simplement vide et inutile. Les autodidactes des réseaux sociaux, eux, pensent pouvoir faire abstraction de tout ce patrimoine en ne se limitant qu’à y piocher ce qui les arrange. Ils pourraient tout aussi bien ne rien dire que leur propos ne serait pas plus inexistant.

Pourtant, il y en a des choses à dire sur le sujet. Il y en a des imposteurs universitaires et médiatiques à critiquer. Mais si ces spécialistes officiels n’ont, dans l’extrême majorité des cas, ni le courage ni la vertu nécessaire à la compréhension et l’exposition de la vérité, ils ont au moins ce mérite de fonder leur discours sur un héritage culturel riche, parfois même intelligent. 

Kenneth Pomeranz affirme, dans son frauduleux Best-seller, que la trajectoire spécifique de l’Occident s’expliquerait par le charbon qui gisait dans les sous-sols de l’Angleterre et par la découverte du Nouveau-Monde. Ces deux facteurs auraient constitué un soulagement écologique ayant permis à l’Occident de sortir du piège malthusien. Il attribue donc au destin économique extraordinaire de l’Europe des causes toutes contingentes, dans la médiocre intention de se faire passer pour le consolateur du Tiers-Monde. La malhonnêteté du propos ne l’a pas empêché d’être relayé sur tous les continents du globe et d’influencer nettement les sphères académique et politique de la société. Qu’a Rochedy à répondre à cela? Il dirait sûrement que les Européens ont su quoi faire de ce charbon et de cette Amérique mieux que les autres grâce à leur patrimoine génétique, lequel aurait été acquis par la survie au froid et rien d’autre. Mais la Chine est un immense territoire avec des gisements de charbon encore plus grands. Par ailleurs, la Chine n’a pas connu moins de froid qu’en Europe. Comment expliquer que leur destin historique ait été alors si différent ? Sur le continent asiatique lui-même, la divergence de trajectoire entre le Japon et la Chine, leur réaction historique respective à la colonisation occidentale est largement sujette à débat. On pourrait rétorquer que les extrême-orientaux ne sont pas des aryens – ce qui prouverait d’ailleurs, au passage, que l’adaptation aux conditions climatiques ne permet pas d’expliquer la génétique comme le fait Rochedy. Mais jusqu’à preuve du contraire, l’Ukraine, ainsi que tous ces pays d’europe orientale incontestablement aryens, n’ont fait ni la Révolution industrielle, ni de grandes conquêtes coloniales au XIXe siècle. L’adaptation génétique au froid n’explique donc rien d’important historiquement parlant.

Rodney Stark, lui, explique le « triomphe de la raison » par la religion chrétienne qui posséderait des caractéristiques particulières. Il est vrai qu’on a cessé de ressasser ce lieu commun selon lequel le christianisme contiendrait en germe le mode de production contemporain. Adam et Ève n’ont-ils pas donné un nom à toutes ces choses qui les entouraient ? N’est-ce pas la preuve du droit absolu que s’arroge l’esprit de comprendre et de dominer la nature avec sa raison ? On comprend la facilité avec laquelle certains ont vu dans la cosmogonie juive la source spirituelle du capitalisme… Même les Évangiles ont été mobilisés au sein de cette pensée idéaliste. On a cherché à faire de Jésus un thuriféraire du capital en raison de la célèbre parabole des talents. Mais l’accumulation du capital, comme mode d’appropriation principal de richesses, n’est apparue ni en Éthiopie, ni en Russie. Que répondrait notre cher philosophe de droite sur ce point?

En réalité, les raisons à l’origine du succès économique sont simples quand on les résume et complexes quand on les développe. David Cosandey a montré que la multipolarité des pouvoirs européens, c’est-à-dire l’existence d’innombrables entités politiques autonomes, concurrentes entre elles, est à l’origine de l’accélération du développement matériel de l’Europe. La bourgeoisie d’affaires et les milieux marchands européens se sont développés dans un espace où le pouvoir central permettait et encourageait leur développement. De même que la concurrence entre les États européens a stimulé l’innovation militaire leur ayant permis de coloniser le monde ; de même, la concurrence au sein du monde bourgeois a stimulé l’innovation industrielle à l’origine des grands bouleversements contemporains. 

Reste alors à savoir pourquoi cette multipolarité politique s’est installée si durablement et si profondément au sein de l’Occident. C’est là qu’intervient l’explication géographique.

Un déterminisme environnemental défaillant

Rochedy veut tout dissoudre dans le froid. Vous êtes blanc? C’est parce que vos ancêtres ont eu froid. Vous êtes intelligent ? Idem. Vous êtes entrepreneur? ingénieur? chrétien? esthète? barbier? astronaute? froid, froid, froid. Toute la civilisation s’explique par une confrontation génétique originelle due au climat. Inutile de souligner la faiblesse de l’argument.

Pourtant, il y a un début de vérité dans ce déterminisme environnemental. En effet, s’il est grossier de ne voir l’histoire d’une civilisation entière que comme un réceptacle au climat, il est tout aussi unilatéral et borné de ne voir dans l’environnement qu’un terrain purement objectif et transformable. L’homme transforme la nature par son activité productive, certes ; mais cette activité, ainsi que l’être humain lui-même, sont d’abord des résultats de cet environnement. Avant que l’homme ne change l’eau en vin, il a bien fallu qu’il sorte de cette eau, tout comme il a d’abord fallu des forêts avant que des grands singes n’y évoluent et décident ensuite d’y couper tous les arbres… En un mot, la première chose à comprendre est que la nature précède l’esprit.

La deuxième chose est que la vie varie en fonction de l’environnement, à tel point que certaines espèces ou races apparaissent, disparaissent, se transforment. C’est ce qu’on a coutume d’appeler l’évolution des espèces. Rochedy n’a jamais dépassé ce stade de compréhension des choses. Il n’opère absolument aucune médiation lorsqu’il fait découler la Révolution industrielle de l’ère glaciaire, comme s’il n’y avait pas eu, entre les deux, quelque chose s’appelant l’histoire mondiale de l’humanité.

Il est pertinent de faire du lien entre environnement naturel et rapport social, mais à condition de le faire correctement, de ne pas simplifier en des raccourcis stupides. Par exemple, Rochedy admet lui-même que les Chinois « eux aussi ont été, en partie, des survivants du froid », ce à quoi il attribue la cause de la future prééminence nord-asiatique, bien évidemment ! Mais comment explique-t-il que cet immense empire, pourtant lui a

aussi héritier de cette Grande Stimulation Glaciaire, n’est pas parvenu à faire cette Révolution industrielle née en Angleterre? Comment expliquer que cette Chine si prédisposée génétiquement à l’intelligence économique ne soit pas parvenue à faire ce que le Japon a fait? On le voit, l’explication climatique s’arrête ici.

Cependant le facteur environnemental n’est pas épuisé. Les conditions naturelles de l’homme ne se réduisent pas au climat, bien d’autres puissants paramètres sont décisifs pour expliquer les différences de trajectoires historiques entre les peuples et les raisons pour lesquelles certains ont eu de l’avance sur les autres. Il est aujourd’hui certain que l’Afrique subsaharienne doit une grande partie de son retard au trypanosome de la mouche tsé-tsé. Quant à l’Eurasie, l’Europe est la civilisation du blé, la Chine celle du riz, bien qu’il y eut également du blé autour du fleuve jaune. La façon dont les hommes ont dû cultiver ces céréales, l’organisation sociale spécifique qu’impliquaient ces cultures, les rapports de domination qui ont émergé sur cette base, tout ceci est d’une importance capitale pour comprendre les spécificités de chaque civilisation. Par exemple, qu’implique la civilisation du riz:

« Au total, une énorme concentration de travail, de capital humain, une adaptation attentive. Rien, en outre, ne tiendrait en place si les grandes lignes de ce système d’irrigation n’étaient solidement liées ensemble, surveillées de haut. Ce qui implique une société solide, l’autorité d’un État, et, sans fin, de vastes travaux. Le Canal impérial du fleuve Bleu à Pékin est aussi un vaste système d’irrigation. Le suréquipement en rizières implique un suréquipement de l’État. Il implique aussi le resserrement régulier des villages, tout autant du fait des contraintes collectives de l’irrigation que de l’insécurité si fréquente des campagnes chinoises.

Les rizières ont ainsi entraîné un haut peuplement des zones où elles ont prospéré et de fortes disciplines sociales. Si, vers 1100, la Chine bascule du côté du Sud, le riz en porte la responsabilité. La Chine du Sud, vers 1380, est par rapport à la Chine du Nord comme 2,5 à 1, ici 15 millions d’habitants, là 38, au dire des chiffres officiels. La vraie prouesse des rizières, ce n’est d’ailleurs pas d’utiliser sans fin la même surface cultivable, d’en sauvegarder les rendements grâce à une hydraulique précautionneuse, mais de réussir, chaque année, une récolte double, parfois triple. » (2)

Voilà qui explique à la fois la densité démographique et le despotisme chinois. Peut-être qu’avant d’exhiber ses opinions impudentes, Rochedy aurait dû lire ce génie français qu’était Braudel.

Rochedy ou l’Europe reniée

Rochedy condamne fermement le racisme, et il y tient: «  Je ne veux plus de racisme sur Terre, que les choses soient claires. Je déteste l’injustice d’une haine indistincte, grossière et aveugle. » Ce poncif humaniste n’est pas pertinent ici. Le racisme se caractérisant par une distinction hiérarchique des races, on voit mal comment il pourrait être « indistinct et aveugle. » Au XIXe siècle, on a eu recours à la phrénologie pour discriminer différents types de populations. La « haine » non plus n’a pas grand chose à voir là-dedans. Quand Léopold II colonise le bassin du Congo, il le fait au nom de la philanthropie, pour sauver ces pauvres Noirs de l’esclavage et leur apporter le salut du christianisme. Le fort ne saurait éprouver une quelconque haine envers le faible, tout au plus le méprise-t-il. Faut-il apprendre Nietzsche à Rochedy?

Rochedy considère que la civilisation occidentale repose principalement sur un socle ethnique « indo-européen », biologiquement supérieur aux autres peuples. Il est donc un raciste stricto sensu.

Rochedy a beau le nier lorsqu’il se trouve en face de Noirs, mais il affirme clairement une supériorité européenne.

Mais ce n’est pas tout. Rochedy vit une profonde contradiction. Il conclut son livre « Qui sont les Blancs » par une contradiction théorique et existentielle qu’il n’a jamais su résoudre: puisque ce peuple blanc a été si conquérant, si génial à bien des niveaux, si moral et qu’il a contribué aux plus grands progrès matériels aux quatre coins du monde, il faut à tout prix qu’il se conserve, voire qu’il préserve sa pureté: or, il se trouve que c’est justement ce même peuple blanc est justement celui prône le métissage, la haine de soi et la cancel culture:

« Comment prétendre vouloir affirmer, préserver, défendre les Blancs quand ceux-ci génèrent sans cesse, en raison de leur être profond, tout ce qui les annule ? 

Partant de cet implacable constat, tout projet identitaire semble ainsi voué à l’échec. Il semble effectivement que jamais les Blancs ne voudront revenir à des logiques tribales puisqu’il leur a appartenu, historiquement, de s’en défaire. » (p.312)

Pour Rochedy, cela est catastrophique car cela « prélude à leur extinction » (idem.), ce qui est un raccourci excessif qu’il ne pourra jamais prouver. Ce n’est pas parce que les Blancs refusent de se penser à travers des catégories raciales ou ethniques (ce qui est faux) que leur ethnie va disparaître. La conservation de soi ne suppose pas nécessairement la conscience de soi. Plein de peuples et de phénotypes ont traversé les siècles malgré leur totale ignorance de soi. Les Bantous ont beau constituer une ethnie, une réalité à la fois linguistique et biologique, ils ne se sont jamais considérés eux-mêmes comme appartenant à une même communauté avant que des Blancs ne viennent le leur dire. Et ça ne les a pas empêché de dominer, quasiment sans partage, toute l’Afrique centrale. 

De même, ce n’est pas parce qu’une élite embourgeoisée prône la haine du Blanc ou la cancel culture que le Blanc va effectivement disparaître. Rochedy ne se dit pas qu’il s’agit peut-être d’une hypocrisie sociale plus que d’un réel projet historique, qu’en s’exclamant haut et fort que mauvais est le Blanc, le Blanc continue cependant de s’exclamer haut et fort. Il n’est, par conséquent, pas prêt de se taire, et encore moins de disparaître.

Mais Rochedy insiste. Il en est persuadé: les Blancs vont disparaître car ils ne sont pas identitaires! Il leur manque une philosophie identitaire ! Regardez les autres! Comme ils sont soudés ! Les Chinois, les Noirs, les Arabes… tous sont communautaires, alors pourquoi pas nous?! Rochedy voit qu’il y a de plus en plus d’immigrés chez lui, et qu’ils y importent avec eux leur tribalisme, leur tendance à privilégier les leurs plutôt que les Blancs. Rochedy et ses amis identitaires voient des Noirs partout. Ça suscite en eux une profonde et compréhensible angoisse: il faut faire quelque chose, sinon nous allons disparaître ! Mais ils ne se rendent pas compte que l’Africain, loin d’être seulement autour, est déjà en eux.

Au lieu d’affirmer tout ce qui fait la spécificité de l’homme européen, c’est-à-dire, entre autres, son rationalisme athée et son universalisme, Rochedy répond sur le terrain du tribalisme africain le plus primitif. Autrement, comme tout identitaire qui se respecte, Rochedy est un Noir à la peau blanche. Angoissé et cherchant une réponse au problème du choc des civilisations, il n’en a apporté aucune mais n’a fait que reproduire le même problème, sous une autre couleur: le Blanc. En cherchant à s’opposer aux Africains, il leur est devenu identique. En connaissant réellement l’Europe et son histoire, il aurait affirmé spontanément son identité: nul besoin de recette. Mais en cherchant à tout prix à s’affirmer sans s’identifier, il n’a finalement même pas réussi à s’identifier, ni donc à s’affirmer.

Il s’agit de poser la question suivante à nos chers identitaires: depuis quand le communautarisme est-il gage de développement et de progrès ? Ils s’appliquent soigneusement à préserver la diversité ethnique, tout aussi unilatéralement que certains gauchistes prônent le mélange des origines et le brasssage culturel en soi. Comme si le phénotype avait une quelconque importance pour le bien-être social et le combat à mener contre le pouvoir du mensonge. On aura beau rétorquer que préserver les races, c’est aussi préserver ce qu’elles impliquent, à savoir leur patrimoine social, culturel, intellectuel voire matériel, mais justement! Rochedy ne protège pas cela. C’est le Blanc qu’il protège, pas l’Européen. En faisant découler directement la culture de la race, il prétend qu’il n’y a que les Blancs qui sont capables d’assimiler cette mentalité rationaliste et universaliste. Le pire reste encore que parmi tous les bienfaits qu’on trouve en Europe, Rochedy s’accroche à un patrimoine mort (les statues, les livres, les bâtiments), là où un homme sincèrement désireux de bien faire aurait vu les rapports de domination exceptionnellement doux qui y règnent. Certes, le patrimoine culturel français est probablement le plus riche et le plus beau du monde. Mais entre toute cette culture morte et la culture vivante de l’insurrection, le choix est vite fait pour qui cherche réellement à bien faire.

(1) À chaque fois que nous mentionnerons des pages entre parenthèses , elles se référeront au livre de Rochedy: « Qui sont les Blancs? », édité chez Étairie en 2025.

(2) Braudel Fernand, Civilisation matérielle, économie et capitalisme, Tome 1: les structures du quotidien, Armand Colin, 2022, p.109.

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