Peu de débats exposent aussi clairement la misère spirituelle de notre époque que celui sur l’immigration. Ceux qui sont contre l’immigration cherchent à se protéger de l’étranger, à protéger leurs salaires, leur confort matériel, leur tranquillité… En un mot, il s’agit d’une xénophobie par égoïsme, état d’esprit tout à fait normal chez des monades narcissiques repliées sur leur intérêt particulier.
Cette haine de l’immigré peut tout aussi bien concerner le Suisse identitaire que l’immigré lui-même, car les raisons de ce rejet sont multiples : peur de la concurrence, peur de la violence ou de l’insécurité, peur de disparaître, peur de ne plus comprendre le changement culturel… Il existe mille raisons, tout à fait compréhensibles du reste, d’exécrer l’autre que l’on voit devenir de plus en plus nombreux chez soi.
Mais si cette peur est compréhensible, elle n’a cependant pas grande légitimité : dans l’histoire mondiale, le Blanc contemporain n’est qu’un nouveau-né dont le confort matériel, le savoir-faire et l’éducation sont des héritages issus d’un passé lointain auquel il n’a, individuellement, aucunement contribué. À effort égal, en quoi l’Européen serait-il donc plus légitime à vivre en Europe que l’Africain?
Mais l’attitude politique du camp pro-immigration n’est pas plus glorieuse et est bien moins comprise. Auparavant, la gauche ouvrière était contre les immigrés, car elle cherchait égoïstement à protéger ses salaires. Aujourd’hui, elle semble avoir changé d’avis, mais quel est son message ? « Sans l’immigré, nos cafés fermeraient, nos rues seraient sales, tout comme notre vaisselle… » En un mot, la gauche institutionnelle est passée de la xénophobie au racisme. Elle voit l’immigré comme de la main-d’œuvre et non comme une personne en tant que telle. Écoutez leur discours, regardez leurs pancartes, chez ces partis favorables à l’immigration : c’est le capital qui parle, et certainement pas un être humain.
Le 14 juin 2026, la Suisse votera sur l’immigration. C’était l’occasion d’expliquer les enjeux profonds, mondiaux et humains de l’immigration, et non simplement d’opposer deux visions idéologiques du monde.
Tout le monde sait que l’immigration massive pousse le salaire moyen d’un pays vers le bas. Étant donné que l’offre de travail s’agrandit, le prix de la force de travail — c’est-à-dire le salaire — diminue. Mais il en va de même de la qualité de vie en général, dont le salaire n’est que l’expression partielle, monétaire. Non seulement la croissance numérique y participe, mais, en l’occurrence, l’origine des immigrés également. L’Africain qui arrive en Europe importe son niveau d’exigence alimentaire, hygiénique et toutes sortes d’habitudes matérielles, lesquelles sont parfois arriérées voire frustes. Ces habitudes vont peu à peu changer subrepticement la société européenne par des détails difficilement discernables, jusqu’au point où, à terme, le pays se trouve totalement changé sans même que l’on ne soit parvenu à se rendre compte comment.
Mais pour l’Africain ou l’Asiatique (hormis le Japonais) qui s’installe en Europe, les infrastructures, le haut pouvoir d’achat, l’éducation, etc., constituent un certain nombre de privilèges auxquels il accède tout juste et qui améliorent considérablement son niveau de vie. Autrement dit, les migrations rendent le monde plus homogène, et une personne aussi généreuse qu’intelligente tend la main à l’étranger avec bienveillance, car elle sait que l’immigré n’est pas une chose mais un état transitoire. S’il est à la mode de parler d’« africanisation » au sujet de l’Occident, on oublie qu’il est tout aussi vrai de parler d’« occidentalisation » des Africains.
Mais même d’un point de vue économique, la gauche capitaliste se trompe. Elle cherche à susciter, chez l’électeur, un sentiment d’égoïsme. « Votez pour l’immigration, autrement, qui fera votre café (et votre pipe aussi, pendant que vous le buvez) ? » Outre la réification utilitariste de l’immigré, cette gauche semble oublier que, si la main-d’œuvre manque, le café ne va pas pour autant disparaître — tout comme les serveurs qui, devenus plus rares, verront simplement leurs salaires augmenter…
Quand on est un travailleur et un égoïste, on vote contre l’immigration, car on craint la concurrence. On peut certes reprocher au xénophobe de droite de voter dans le seul intérêt de son pays, mais l’argument de la pénurie de main-d’œuvre est tout aussi immoral, voire plus. Car il est tout à fait possible de respecter l’étranger en l’expulsant, mais certainement pas en le réifiant.
Contre la supercherie politique, contre l’impasse du scrutin. Pour un monde sans argent.
Groupe Barricade.
Juin 2026.
Réflexions intéressantes. Concernant le vote suisse il faut néanmoins se pencher sur le pragmatisme suisse pour comprendre différentes réalités entre, par exemple, l’arc lémanique et une région non frontalière comme Soleure. Les institutions politique de la suisse, son ouverture au monde spécialement élevé et sa position géographique privilégiée sont les raisons du succès de la suisse depuis 500 ans et encore davantage ces dernières décennies.
Il est normal de s’attendre à ce que les gens veuillent y déménager puisque la vie y est meilleure mais lorsque les zones d’émigrations sont plusieurs dizaines de fois supérieur à la zone d’immigration, cela conduit forcément à une instabilité. D’où le sujet récurrent en Suisse. Il faut que le lecteur se rappelle que les zones frontalières comme Genève, Bâle, Lausanne ou Zürich sont peuplé à 50% d’étranger en comparaison à la moyenne nationale de 25%. Ce qui est par tout standard européen énorme et démontre l’ouverture de la Suisse. Les zones frontalières sont progressivement bétonnées et les gens encastrés dans des immeubles. Les infrastructures – routes, hôpitaux, écoles – sont saturées par manque de vision politique depuis plusieurs décennies. Les coûts de la vie – assurance maladie, logement, taxes – augmentent disproportionnellement dans ces régions contrairement aux régions centrales du pays. Il est tout à fait normale que les gens soient insatisfait de la situation et demande une stratégie politique de long terme. Je pense que le souverain suisse – le peuple – est dans son droit de prendre l’initiative de son destin et de bâtir un pays où il fait bon vivre. Cette initiative contre l’immigration n’assure à mon avis pas la réponse mais à le mérite de stimuler les bonnes réflexions – celle du développement sain d’une société prospère et ouverte.
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