Dans la continuité logique de la concurrence intraoccidentale pour le partage du marché mondial ayant conduit à la guerre impérialiste par procuration en Ukraine menée par le Capital américain, voilà que le 29 juillet 2023, le président nigérien, Mohammed Bazoum, est renversé par un coup d’Etat militaire, sous les acclamations de la population civile nigérienne scandant sa haine de la France dans les rues de Niamey. La guerre en Ukraine a été, entre autres, l’occasion de torpiller politiquement et matériellement les gazoducs Nord Stream 1 et 2 grâce auxquels l’Allemagne se serait alimentée par voie directe en gaz russe bon marché. Ce qui aurait d’autant plus accru la compétitivité allemande et mis progressivement en péril l’hégémonie économique américaine. À travers la déstabilisation du Niger, c’est désormais le capital français que les agents de l’impérialisme outre-Atlantique tentent d’évincer.
Car somme toute, qu’est-ce que le Niger ? Car somme toute, qu’est-ce donc que le Niger? Une ancienne colonie française devenue partenaire commercial depuis son indépendance politique (formelle) en 1960 et qui renferme 5% de l’uranium mondial. En 2019, selon la Banque mondiale de prédation, cet uranium nigérien était uniquement exporté en France, ce pays dont la production d’électricité dépend à 70% de ses centrales nucléaires. Cet élément chimique est donc une ressource de très haute importance pour répondre aux besoins énergétiques du peuple français. A l’heure actuelle, Orano (ex-Areva), multinationale détenue intégralement par l’État français, exploite la majeure partie des mines d’uranium présentes au Niger. Un monopole d’Etat industriel contrôlé par la France, voilà ce qu’est donc, dans les faits, l’économie nigérienne, dépourvue de toute souveraineté.
Nous comprenons alors plus qu’aisément le refus de l’Elysée de reconnaître toute légitimité politique à cette junte militaire ouvertement anti-française et soutenue par une part grandissante de la population civile nigérienne qui partage cette haine de l’ancien colon, ainsi que son empressement à vouloir lancer une intervention militaire pour remettre Bazoum à son poste. Quant à la question de savoir s’il est vraiment plus avantageux, pour la population nigérienne, de se placer plutôt sous tutelle américaine que française, tout le monde parle comme si la réponse était évidente. Le spectacle médiatique occidental présente cette fâcheuse tendance à qualifier tout esprit anti-français comme étant émancipateur en soi.
A Washington, autre agenda, autres intérêts, et autres sons de cloches. Voilà que les Américains devenus diplomates, et soucieux de ne pas déclencher une intervention militaire qui menace de s’enliser, préfèrent envoyer une diplomate de haut rang, l’ambassadrice américaine Kathleen FiztGibbon, afin de trouver une solution diplomatique avec les putschistes devenus le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP). Ce dernier, très anti-français et déterminé à chasser hors du Niger les bases militaires arborant le drapeau tricolore, se garde bien de toute forme de déclaration anti-américaine. Et pour cause, l’actuel leader de la junte militaire ayant pris de facto le pouvoir n’est autre que le général Moussa Salaou Barmou, haut gradé formé aux Etats-Unis qui coopéra activement avec les Américains, dans le cadre des opérations militaires menées par ces derniers dans la région du Sahel.
En ce sens, la chute du gouvernement Bazoum, sur laquelle l’Elysée et la Maison-Blanche disconcordent quant à la manière d’y réagir, ressemble fortement à un coup porté à l’industrie nucléaire française par l’impérialisme américain. La perte de l’uranium nigérien par la France, c’est la remise en cause de tout le programme civil nucléaire de cette dernière, dont une part importante de sa croissance et de sa compétitivité économique dépend, ainsi qu’une formidable occasion pour les pouvoirs américains d’étendre leur influence en Afrique.
Mais les choses ne s’arrêtent pas là. Le 30 août dernier, le président du Gabon Ali Bongo vient lui d’être renversé dans des conditions similaires. C’est la fin d’une ère dynastique qui, avec l’appui total de la France, durait depuis 1967. Plus que le Niger encore, en raison de son pétrole qui permit à la France de suppléer au manque créé par la perte de l’Algérie française en 1962, le Gabon joua un rôle-clé pour l’approvisionnement énergétique français. La stabilité politique gabonaise était donc cruciale pour Paris qui a mis en place et soutenu, sans interruption jusqu’à aujourd’hui, le régime népotique des Bongo, par le l’intermédiaire des réseaux Foccart. En 2022, le Gabon était encore le principal fournisseur de pétrole de la France.
Derrière la prétendue lutte contre la corruption politique de Nugema (toute politique est corrompue par essence), derrière ses promesses de diversification de l’économie gabonaise, il est clairement perceptible que ce sont les liens économiques privilégiés entre Paris et Libreville qui sont visés. Il est vrai qu’Ali Bongo avait déjà fait entrer son pays au sein de la communauté du Commonwealth. Mais le coup d’État au Gabon accélère bien les choses puisqu’il s’agit de la mise à mort du statut de premier partenaire commercial dont jouissait la France. Quant aux USA, ils ont déjà renforcé leurs liens commerciaux avec le Gabon, à travers, notamment, la Loi sur la croissance et les possibilités en Afrique (AGOA) qui vise, entre autres, à permettre aux Etats d’Afrique subsaharienne de pouvoir accroître leur accès au marché américain.
De la mise au ban occidental de la Russie, aux épidémies de coup d’Etats au sein du Pré-carré français en Afrique de l’Ouest, ces événements s’inscrivent tous dans une logique de tentative de désindustrialisation et de désouverainisation énergétique européenne, au profit de l’impérialisme américain, dans un contexte de saturation mondiale des marchés conduisant nécessairement à une forme d’impérialisme américain d’autant plus agressive.
Quelles en seront les conséquences concrètes pour le peuple français? Hausse des prix de l’électricité, de l’essence, pertes d’emplois, paupérisation, soulèvements de masse. La destruction de l’économie française par l’ordre américain sera finalement un catalyseur de plus de la lutte de classe en France.